Mais à quoi sert la réalité virtuelle en santé ?

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Associée aux jeux vidéo et à l’innovation, la réalité virtuelle est toutefois un outil déjà ancien dont la première utilisation était à destination des pilotes. En effet, dès les années 301, la formation des pilotes s’opère virtuellement avec cet outil qui n’évoluera que 30 ans plus tard2. Les utilisateurs devront attendre les années 60 pour voir apparaître le « Head Mounted Display » (HMD) réputé aujourd’hui3. Forte de ses perfectionnements au fil des avancées technologiques, la réalité virtuelle se targue désormais de proposer une immersion et un réalisme toujours plus convaincants. Car en effet, quiconque décide d’entrer en réalité virtuelle, est frappé par un sentiment « d’y être » grâce aux stimulations sensorielles multiples, et aux interactions possibles avec l’environnement virtuel4. C’est cette virtualité qui permet une variété d’immersion presque infinie ouvrant le champ des possibles en termes d’applications y compris en santé

Rééduquer 

La personnalisation des environnements permet à la réalité virtuelle de proposer l’accès à des lieux féériques, dépaysant mais aussi très proches de ceux dans lesquels on interagit au quotidien. L’intérêt de ce type d’univers grandit au profit des métiers du diagnostic et de la rééducation. Puisqu’en effet, l’évaluation des troubles moteurs et, surtout, cognitifs, évolue pour sortir du traditionnel format papier/crayon et tendre vers des évaluations plus écologiques. Proposant des environnements du quotidien réalistes et avec lesquels interagir, la réalité virtuelle offre l’opportunité d’évaluer les fonctions cognitives des patients en conditions réelles. Plongé dans un supermarché virtuel avec une liste de courses5ou dans une cuisine avec une recette à exécuter, le patient met à l’épreuve ses fonctions exécutives, sa mémoire et son attention comme dans une situation réelle. Son thérapeute peut alors évaluer, et observer les difficultés concrètes du patient, assisté du logiciel qui lui offrira des mesures plus fines6,7. Cette alternative permet une évaluation plus réaliste, et demande moins de moyens humains et financiers que dans sa version réelle. Sa virtualité permet également à l’environnement d’être reproduit à l’infini dans les exactes même conditions, permettant une évaluation fiable des évolutions du patient mais aussi une normalisation des résultats comme pour les tests plus traditionnels8,9,10. Ces évaluations fonctionnelles permettent d’identifier la nature des troubles des patients et d’ainsi leur proposer une rééducation ou remédiation pertinente et adaptée

La rééducation cognitive

            Dans le cadre de la rééducation cognitive, qui se base sur l’utilisation de stratégies cognitives pour atténuer les déficits attentionnels, mnésiques, langagiers, ou encore de traitement visuo-spatial, de raisonnement et de fonctions exécutives11, la réalité virtuelle a offert des résultats prometteurs 11,12,13. Ses caractéristiques permettent notamment d’adapter la difficulté des activités en fonction des capacités et potentialités du patient et permet un contrôle des performances avec un retour visuel et auditif. En plus de permettre l’amélioration des fonctions altérées14, 15, 16, et la stimulation des capacités de réserve, elle favorise un sentiment de bien-être qui renforce la participation et l’autonomie du patient à l’abri d’une expérience négative décourageante. Elle permet alors d’optimiser les séances en offrant des activités ludiques qui augmentent motivation et implication11,12. La recherche abonde en ce sens en montrant la pertinence de la réalité virtuelle qui s’est avérée plus efficace dans l’amélioration de l’attention, des déficits visuo-spatiaux et de la déficience motrice que les alternatives traditionnelles11,12

 La rééducation motrice

            En effet, la rééducation motrice bénéficie également des avantages de la réalité virtuelle que nous avons évoqués : situations réelles et écologiquesadaptablereproductiblemotivante, et ludique. Des résultats positifs ont par ailleurs émergé de la recherche sur les structures du corps et plus particulièrement la force musculairele mouvementla douleurla fonction sensorielle17 ou encore l’équilibre18. Les environnements et exercices simulant des courses dans un supermarché ou l’exécution d’une recette, permettent non seulement de travailler les sphères cognitives mais également les sphères motrices de façon plus écologique et naturelle19. Les études ont d’ailleurs pu souligner l’amélioration des performances multitâches et de l’indépendance dans les activités de la vie quotidienne grâce à une rééducation en réalité virtuelle20.

Prendre en charge 

            Malgré cette évidente pertinence dans le domaine de la rééducation cognitive et motrice, la réalité virtuelle est souvent mise en lumière dans les médias sous le prisme de l’outil psychothérapeutique. Et effectivement, la réalité virtuelle a montré toute sa pertinence pour la thérapie d’expositionla relaxation, ou encore la gestion de la douleur

La thérapie d’exposition

            Il est difficile de dresser une liste exhaustive des applications de la réalité virtuelle en santé. Mais il l’est encore plus de le faire sans aborder son utilisation pour la thérapie d’exposition. Cette dernière est un outil thérapeutique bien connu en thérapie cognitive-comportementale et émotionnelle. L’exposition vise à immerger le patient dans une situation anxiogène de façon progressive, continue et répétée jusqu’à diminution des symptômes anxieux. Elle est particulièrement utilisée auprès des patients touchés par un trouble anxieux mais aussi dans le cas d’abus de substance afin de réduire les symptômes anxieux émanant de la confrontation à la substance et qui favoriseraient sa consommation. L’exposition se pratique de façon progressive avec le patient en débutant, souvent, par une exposition en imagination se soldant par une exposition in vivo. Bien qu’ayant fait ses preuves, l’exposition possède quelques limites comme les capacités imaginatives des patients, ou la crainte de vivre l’exposition in vivo pour 25% des patients phobiques21. Les limites sont également organisationnelles avec la nécessité d’exposer dans des situations précises non contrôlables (orages, tempêtes, conflits), coûteuses (avion, train, fonds marins) voire dangereuses (hauteur, accident, attaque). La réalité virtuelle permet d’échapper à ces limites en offrant des environnements variésadaptables et personnalisables

La relaxation

            Cette personnalisation permet de transporter dans des environnements variés, plaisant et dépaysant, souvent naturels indisponibles pour le patient à cause d’un confinement, d’une hospitalisation, d’une grande anxiété, ou encore d’une apathie handicapante par exemple. On sait aujourd’hui que l’exposition aux environnements naturels participe à la diminution de l’anxiété22, 23, 24 et est un choix préférentiel pour les patients qui souhaitent se relaxer. La réalité virtuelle permet, en sécurité, et à tout moment de renouer avec la nature et ses bienfaits25, chose particulièrement appréciable en ces temps troublés. La combinaison des stimulus auditifs et visuels, permet de proposer une expérience immersiveconvaincante et plus susceptible de détourner l’attention portée aux pensées négatives. L’environnement, parfois agrémenté de guides de respiration et d’une méditation audio, capte l’attention de l’utilisateur sans effort de sa part évitant ainsi la fatigue et rendant l’expérience de relaxation plus facile25. La recherche a souligné l’efficacité d’un tel dispositif dans la réduction du stressdes affects négatifs et dans la stimulation des affects positifs et de l’état de relaxation25, 26. En association avec de la psychoéducation sur le stress et l’anxiété, la réalité virtuelle est même devenue un outil très pertinent auprès de travailleurs occupant des postes particulièrement stressants27.

La gestion de la douleur

            Les propriétés relaxantes de la réalité virtuelle ont permis d’étoffer son utilisation à d’autres problématiques comme la gestion de la douleur. Que la douleur soit séquellaire à un traitement, ou chronique, les chercheurs se sont penchés sur la question. La réalité virtuelle a ainsi montré son efficacité dans la réduction de la douleur durant l’accouchement28, 29une chimiothérapie30, des maux de tête chroniques31, ou encore des épisodes douloureux liés à la fibromyalgie32. Cette technologie est particulièrement efficace puisqu’elle aide à distraire le patient de sa douleur en réduisant les ressources attentionnelles habituellement allouées à la douleur33. Elle participe également à diminuer la tendance au catastrophisme, et à développer le sentiment d’auto-efficacité dans la gestion de la douleur, ce qui est particulièrement intéressant dans le cas des douleurs chroniques34, 35. De plus, la réalité virtuelle associe à l’expérience des émotions positives36 réduisant le risque de réviviscences après le soin douloureux37, et entraînant le patient à se focaliser sur autre chose que la douleur32. En promulguant un environnement positif, une expérience calme jouant sur la perception du temps38, la réalité virtuelle offre une alternative intéressante à la médication.


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